La mobilisation


15 novembre 2004.
 

Ses années de guerre sont rapportées dans ses mémoires "La bataille du Silence" perso.club-internet.fr/rernould/IMAGINAIRE/VercoSil.html Pendant la guerre, en 1942, en pleine occupation nazie, le dessinateur Jean Bruller (il a alors 40 ans), résistant, publie clandestinement Le Silence de la mer et fonde les éditions de Minuit. Le petit roman a un retentissement énorme et devient un des symboles de la Résistance intellectuelle à l’occupant. Vercors continuera à écrire. Il échappe à l’occupant, mais vivra quatre années difficiles, et en fera le bilan après la guerre : l’occupation allemande, la collaboration de Pétain, chef de l’État français, la chasse aux Juifs, la Résistance, les fusillades, les massacres comme Oradour et la connaissance de l’existence des camps de concentration à la libération. En regard, l’enrichissement des collaborateurs et leur vie facile pendant que tant d’hommes souffrent. Inadmissible : "Pendant qu’on massacre et qu’on assassine sur toute la surface de la terre ? Pendant qu’on décapite des femmes à la hache ? Pendant qu’on entasse des gens dans des chambres délibérément construites pour les asphyxier ? Pendant qu’un peu partout des pendus se balancent aux arbres, aux sons de la radio qui donne peut-être bien du Mozart ?"

Avant la guerre, Vercors était un pacifiste, partisan d’un rapprochement entre l’Allemagne et la France après la première guerre mondiale. Puis il est devenu pessimiste et le dessinateur amer d’une réalité insatisfaisante, et enfin anti-nazi et munichois. Un véritable bouleversement s’opère chez lui pendant ces années de guerre. La pensée de Vercors, mise à l’épreuve, chemine lentement vers sa conclusion qui aura son aboutissement dans Les Animaux Dénaturés, où il rejoint celle des sociologues : "L’expérience des camps de concentration montre bien que des êtres humains peuvent être transformés en des spécimens de l’animal humain et que la « nature » de l’homme n’est « humaine » que dans la mesure où elle ouvre à l’homme la possibilité de devenir quelque chose de « non nature » par excellence,à savoir un homme", comme le résume Hannah Arendt, dans Les systèmes totalitaires, Seuil, p.194. Dans la continuité de cette pensée, Vercors poursuivra son combat contre l’horreur nazie par sa lutte contre le mensonge politique, la guerre en Indochine, la torture en Algérie, pour les droits de l’homme. Pour témoigner, plutôt que le dessin, Vercors choisit l’écriture. Il utilise éventuellement le conte philosophique ou la fable, où il réussit bien et où, à la façon de Voltaire qu’il admirait, sa pensée critique et morale suscite la réflexion du lecteur. Les Animaux Dénaturés, son livre le plus remarquable, où il a exposé le mieux sa pensée, intégrera le bilan de sa réflexion en lui donnant un cadre moderne ; Il est déjà arrivé à un premier bilan dans La Sédition Humaine, publiée deux ans avant L’Homme Révolté de Camus. Les préoccupations ne sont pas les mêmes. Ce sont des exigences morales et métaphysiques qui motivent Vercors : la sédition humaine se fait contre la nature, l’homme doit lutter et se rebeller pour s’extraire de l’état de nature et devenir humain. Le sens de sa vie, c’est à l’homme de le trouver puisqu’il est est sorti de la nature. La révolte de Camus est une révolte politique contre un monde injuste.